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Interview de Jean-Jacques Zambrowski, économiste de la Santé
Date de modification : 09/10/2009
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La loi HPST, une opportunité à saisir pour les pharmaciens hospitaliers
Le Pharmacien Hospitalier : La loi HPST est-elle une bonne chose pour les pharmaciens hospitaliers ?
Jean-Jacques Zambrowski : Globalement, ils auront plutôt davantage de poids, de responsabilité, etc. dans le futur que dans le passé. C'est, en réalité, le prolongement de ce qui s'est amorcé avec, par exemple, la création des commissions du médicament et des dispositifs médicaux stériles et des fluides médicaux (Comedim) ou l'institution du pharmacien responsable de pôle - donc ayant jeu égal avec les autres praticiens hospitaliers. Le pharmacien passe du statut de logisticien interne à celui d'interlocuteur ayant voix au chapitre.
La loi HPST renforce cette évolution du rôle du pharmacien hospitalier. L'idée du futur "pharmacien de centre hospitalier universitaire (CHU)" va dans le même sens. La loi met l'accent sur les pôles, qui sont des unités fonctionnelles de l'établissement, au lieu des services. La pharmacie à usage interne (PUI) appartient à ce pôle, avec un service pharmacie clinique et études cliniques, c'est une évolution importante.
De même, le rôle des PUI dans les territoires de santé est important : cela signifie qu'on a écarté la fusion des établissements partenaires, pour garder les communautés hospitalières de territoires (CHT) à forme coopérative, dans lesquelles le pharmacien aura un rôle essentiel.
LPH : La loi ne devrait donc pas inquiéter les pharmaciens ?
J.-J. Z : Il y a un ensemble de mesures qui vont compléter ce qui existait, en particulier tout ce qui concerne le renforcement des contrats de bon usage et de management. Le directeur d'établissement, avec de nouveaux pouvoirs, ne méconnaîtra pas le pan de flexibilité qu'est le poste médicament, qui demande à être bien géré et bien interprété par les agences régionales de santé. Le pharmacien aura à faire valoir de façon active ce que son activité apporte.
D'ailleurs, la loi étant là, il faut l'accompagner activement. Il appartiendra au pharmacien de marquer son territoire, dans les CHT ! S'il ne saisit pas les opportunités, il ne se passera rien.
Il est important que le pharmacien existe et s'exprime, et fasse valoir son rôle et l'importance de son apport au bon fonctionnement du système.
LPH : Quelle doit être leur attitude ?
J.-J. Z : Ils doivent occuper le terrain qui leur est consenti, de manière intelligente. C'est une occasion qui se présente. De même que pour le pharmacien de CHU, le titre n'est pas tout, il faut en faire un bon usage. Ce, en dépit des bonnes pratiques et de la rigueur budgétaire qui s'imposeront de plus en plus. Le pharmacien n'échappera pas à la loi de rigueur.
LPH : Autre sujet d'actualité, les biosimilaires ?1
J.-J. Z : C'est le début d'une aventure prometteuse, et de risques potentiels non nuls. Il faut bien prendre la mesure de l'équilibre avantages/inconvénients. Si la similitude thérapeutique et la sécurité sont réelles, c'est une opportunité. Mais s'il y a doute, les bons biosimilaires pâtiront du voisinage des moins bons.
Un biosimilaire est plus difficile à fabriquer qu'un générique, on comprend donc la prudence de certains cliniciens ou pharmaciens, faute d'avoir les moyens de séparer le bon grain de l'ivraie.
Quand une "big pharma" réputée lance un tel produit, on peut avoir confiance. Mais s'il s'agit d'un producteur X, peu identifié, la question peut se poser, sans tomber dans la suspicion systématique. C'est tout le problème de la biosimilarité en tant que telle. La question est légitime. Mais quelqu'un qui a l'expérience et sait manier les biosimilaires peut continuer à les utiliser.
LPH : Quid du financement de la découverte de nouveaux biomédicaments ?
J.-J. Z : On est au début de l'histoire. Le coût est colossal, le risque d'insuccès également. Et il ne faudrait pas qu'il se produise une bascule trop importante des ventes vers les firmes non découvreuses, qui priverait les entreprises découvreuses des moyens de continuer la recherche.
On comprend qu'un brevet ne soit pas éternel, mais la question n'est pas simple. La vigilance et la circonspection sont de mise. Au moment de la décision, l'équipe clinique ou pharmaceutique doit bien peser tous les enjeux et pas uniquement le coût.
LPH : L'offre en biosimilaires est-elle diverse ?
J.-J. Z : Celle des grands fabricants ne s'appuie pas seulement sur la différence de coût, mais s'élargit à quelques-uns des services que les firmes princeps échangent avec les équipes pharmaceutiques et hospitalières - on fournit un produit, et le moyen de bien l'employer. C'est parfois là que la différence se fait.
LPH : Comment distinguer les produits proposés ?
J.-J. Z : Le discernement doit régner. Il faut se poser des questions, ne pas se borner au prix d'achat. Si le pharmacien sait faire valoir auprès de la direction de l'hôpital la légitimité de ne pas recourir à la version la moins chère... il aura gagné la considération de l'hôpital, et du patient. Médecin et pharmacien doivent tomber d'accord, tout bien considéré, c'est-à-dire au cas par cas, en analysant bien les critères pouvant faire préférer telle ou telle version.
Propos recueillis par Alain Noël
1. À propos des biosimilaires, lire les articles :
Doreau C. Quel positionnement pour les biosimilaires en France ? Actualités pharmaceutiques hospitalières, août 2008; 15: 37-39.
Biosimilaires et avancées en biotechnologie, Le Pharmacien Hospitalier, septembre 2009; vol 44: Hors-série n°2
Interview de Jean-Jacques Zambrowski, économiste de la Santé
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