ABCPH, Acophra, ACPPHOS, ADIPH, ADPC, ADPHR, ADPHSO, AEPFP, AFS, Alpage, ANEPC, ANPPH, Antares, APDD, Apesca, Apesom, Aphal, APHBFC, APHCA, APHIF, APHNEP, Apho, Aphosa, APRHOC, ASPHoG, Assiphar, AUEE, CEFH, CNEPH, CNHIM, CNOP, CNOPH, ConfBZH, Conférence Moissan, EFP, Eurodimed, Europharmat, Francopatch, Gerpac, GIE-SIPS, Laropha, Orphem, Pharmhopac, PHAST, PIC, SFPC, SFPO, SNPGH, SNPHPU, SNRPH, SYNPREFH… et très probablement une myriade de petites associations locales toutes statutairement habilitées à recevoir des dons. C’est ainsi que l’on peut présenter le réseau social de la pharmacie des établissements de santé en France. À cela, il faut rajouter les journaux : Actualités Pharmaceutiques Hospitalières , Les Annales Pharmaceutiques Françaises , Décision Santé , Le Pharmacien Hôpital , Dossier du CNHIM , Le Journal de Pharmacie Clinique , Le Moniteur Hospitalier , Officiel Santé , Le Pharmacien Hospitalier .
À défaut d’un ordre de fonctionnement évident au service d’objectifs clairement affichés, le classement par ordre alphabétique est celui qui s’impose par défaut.
Cette mosaïque d’organisations sert-elle un objectif de santé publique au service du patient ? Est-elle le reflet du dynamisme de la profession ? Élève-t-elle l’exercice professionnel vers l’excellence ? Ou a contrario, est-elle une des caractéristiques de sa désorganisation, avec comme conséquence d’être contre-productive ?
Derrière chacun de ces acronymes et au sein de la majorité de ces organisations, il existe un investissement important et souvent désintéressé dans la vie associative de la part de nombreux confrères. Derrière cela, il est aussi très probable que certains acronymes soient plus au service d’intérêts particuliers ou bien encore, cherchent à préserver quelques petits pouvoirs. Est-ce que tout le temps qu’y consacrent autant de présidents, de vice-présidents, de trésoriers, de secrétaires généraux et « de conseillers scientifiques », désignés en tant que tel pour l’occasion, ne pourrait pas être redistribué au profit de quelques objectifs au service du patient et/ou de la collectivité ?
Pour répondre à cette question, il faut en poser d’autres : y a-t-il des évidences qui s’imposent ? Faut-il faire un tri ? Comment faire ce tri ? Par où commencer ?
On peut tenter de commencer ce tri en rappelant les missions de chaque type d’organisation :
• | un conseil de l’ordre pour la régulation professionnelle, la promotion de la santé publique, la représentation de la profession et le code de déontologie ;
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• | le syndicat pour défendre les intérêts moraux, professionnels et matériels de ses membres ;
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• | une société savante pour donner des repères favorisant un exercice professionnel de haut niveau, contribuer à revoir les programmes de formation initiale et continue, dessiner l’avenir ;
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• | des associations régionales pour organiser la formation continue, favoriser le lien social et renforcer la solidarité, et des revues pour relayer et conserver l’histoire de tout cela.
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Continuer de lister des questions et faire l’effort de raisonner pour y répondre constituent un moyen de trouver un ordre de marche. On pourrait donc poursuivre par la recherche du mélange des genres, qui ajoute à la confusion, cela afin de tenter, peut-être pas d’y mettre un terme, tout du moins d’en atténuer les conséquences. Ainsi, n’est-on pas dans le registre du mélange des genres quand une organisation syndicale désigne un « comité scientifique » et loue des stands aux firmes qui commercialisent des produits de santé à l’occasion de son congrès ?
Analyser les données de la littérature et mettre en place une recherche sur les pratiques professionnelles, cela prend du temps. Il faut laisser du temps au temps pour obtenir des résultats, les mettre en forme. Cela demande parfois plusieurs années d’un travail acharné. Est-ce que les invitations répétées « à la soumission de résumés » à l’occasion des manifestations régionales et nationales de toutes ces organisations ou bien encore, la soumission des résultats d’un travail « vite fait » à une revue dont le comité de lecture fantôme s’avère de fait peu regardant sont de nature à favoriser la réflexion et à promouvoir le travail de fond ? Ou bien s’apparentent-t-elles à du clientélisme, avec pour conséquence un nivellement par le bas ?
Enfin, on peut conclure provisoirement cette liste d’interrogations par les finances. Comment est-ce que tout cela est financé ? Quel est le juste montant des cotisations ? Est-ce celui qui permet à chacune de ces organisations de fonctionner en toute indépendance ? Quels montants prélevons-nous sur notre argent personnel pour adhérer, mais aussi pour faire vivre, une revue professionnelle qui tente de promouvoir l’excellence des pratiques ?
Si les pharmaciens des établissements de santé, qu’ils soient publics ou privés, et pourquoi pas les pharmaciens d’officine, décidaient de reprendre ces interrogations à leur compte et tentaient d’y répondre avec un seul objectif, l’intérêt du patient et de la collectivité, alors on pourrait élaborer une logique de fonctionnement et une synergie entre société savante, associations régionales, revues professionnelles, syndicat et conseil de l’ordre. Il ne s’agit nullement ici de rationaliser mais d’organiser et de favoriser l’expression des points de vue issus d’un réel effort de réflexion en préservant la diversité et en libérant le débat d’idées, avec toujours cet objectif bien affiché de contribuer de manière incontestable à la qualité des soins.
Alors, par quoi pourrions-nous commencer ? Tout d’abord, pour faire court, il faut bien garder à l’esprit que notre profession est financée par le budget affecté à la santé et donc par l’impôt.
Pour commencer, on pourrait suggérer que les organisations syndicales, et donc leurs adhérents, décident que leur financement ne repose que sur les cotisations des membres. Il faudra certainement, pour cela, revoir à la hausse le montant de ces dernières. Se rappeler qu’au cours des dix dernières années, les pharmaciens des établissements de santé ont bénéficié d’une hausse significative de leurs émoluments aidera à en accepter le principe.
Fédérer une société savante (SFPC) avec les associations régionales et l’ADIPH en visant l’élaboration de programmes de formation continue de qualité et en s’appuyant sur les retombées financières qui pourraient en découler, et sur l’évolution des technologies de la communication est un moyen de préserver et de développer le tissu social et les collaborations.
Enfin, il me semble qu’il faut mettre l’accent et attirer l’attention de nos jeunes futurs confrères qui veulent « publier », sur tout le bénéfice qu’ils peuvent tirer d’aller se frotter à un comité de lecture rigoureux et exigeant. Encore faudrait-t-il qu’ils y soient encouragés par les patrons qui les encadrent. Une telle expérience répétée plusieurs fois apprend à « encaisser les coups », puis donne confiance. Elle éviterait ensuite de voir s’écrouler certains de ces jeunes confrères dès la première baffe reçue et ensuite, adopter un comportement professionnel frileux avec une absence marquée d’initiatives et d’innovation. Repérer et soumettre à ces revues exigeantes, c’est contribuer à tirer le niveau vers le haut et à faire sombrer dans l’oubli celles qui ne le sont pas.
Enfin, pour en finir avec la confiscation du débat, il est indispensable d’ouvrir dans les colonnes des médias professionnels, un espace qui lui serait dédié. On peut, pour cela, s’inspirer de la place laissée aux correspondances des lecteurs dans des journaux, comme le Lancet ou le BMJ , par exemple, où le débat d’idées, constamment imprégné de courtoisie, a toujours été vif et a contribué à leur renommée.
Il nous reste donc à prendre conscience de cette désorganisation et peut-être d’en approfondir l’analyse. Une fois cela fait, il faut poursuivre en répondant encore à une question : quelle démarche chacun d’entre nous va-t-il engager pour tenter de mettre un peu d’ordre dans tout cela ?