Les établissements hospitaliers pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) accueillent des patients dont l’autonomie est très limitée, notamment pour la prise de thérapeutiques, dont elles ne comprennent le plus souvent pas l’usage. Pour sécuriser le circuit du médicament, le rôle d’un pharmacien référent sera crucial. À l’heure actuelle, le nombre de résidents est estimé à 700 000 pour 10 000 établissements de tailles très différentes.
Certains EHPAD, principalement de statut public, ont une pharmacie à usage intérieur (PUI) ou participent à un groupement de coopération sanitaire (GCS) avec une structure d’hospitalisation voisine disposant d’une PUI. Ils accueillent 15 à 20 % des personnes âgées résidentes.
La majorité des EHPAD sont de petite taille et s’approvisionnent au détail dans des officines voisines. Dans un récent rapport, l’Académie nationale de pharmacie s’est penchée sur la sécurité de ces institutions souvent pénalisées par leurs faibles moyens. Même si le forfait médicaments était adopté, les économies entraînées par des achats au tarif hôpital ne compenseraient pas les dépenses liées au fonctionnement d’une PUI.
Le rapport déplore le nombre restreint de personnel soignant diplômé (infirmières diplômées d’État) en EHPAD. La préparation des doses à administrer (PDA) est un problème majeur de sécurité, notamment pour les doses journalières (semainiers) car elle est très chronophage et ces institutions sont souvent en sous-effectif. La validation de l’ordonnance n’est pas faite ; la traçabilité n’est pas toujours assurée, les spécificités d’administration des médicaments et leur surveillance sont difficilement respectées, d’autant que souvent leur administration (hors injectables) n’est pas effectuée par les infirmières, car ces opérations sont considérées comme des “soins courants” et donc déléguées. Les risques d’erreurs sont patents.
Pour limiter les erreurs, ces préparations pourraient être déléguées à une officine, sous réserve qu’elles soient exécutées par du personnel qualifié. Dans certains cas, le pharmacien d’officine peut être mis en concurrence avec des confrères et doit appliquer une remise, voire préparer des blisters de 28 jours de traitement avec le procédé Manrex® ou autre. L’Académie met en garde contre le déconditionnement à l’avance, alors que l’Ordre des pharmaciens rejette le principe de mise sous « blister transparent et perméable au gaz pour 28 jours », les conditions de bonne conservation et de traçabilité n’étant pas assurées lors de leur ouverture.
Une autre solution serait de recourir à des automates proposant des doses journalières sur-emballées. La réglementation devrait évoluer pour permettre des conventions entre les EHPAD et les structures industrielles sous la responsabilité du pharmacien référent.
La présence d’un médecin coordonnateur gériatre est devenue la règle ; il peut donner des recommandations visant à limiter les prescriptions souvent trop nombreuses des praticiens de ville. Le pharmacien qui fournit l’établissement est encouragé à assurer une présence effective dans les locaux et participer à un comité thérapeutique.
La loi Hôpital Patient Santé Territoire et l’article L5126-6-1 du Code de la santé publique introduisent et définissent les missions du pharmacien référent.
L’officinal (article 38-I) peut assurer la fonction de pharmacien référent pour un EHPAD, si celui-ci ne dispose pas de PUI ou n’est pas membre d’un GCS. « À ce titre, ils peuvent, à la demande du médecin ou avec son accord, renouveler périodiquement des traitements chroniques, ajuster, au besoin, leur posologie et effectuer des bilans de médications destinés à en optimiser les effets. »
L’Académie, pour asseoir la législation et assurer une utilisation sécuritaire des médicaments en EHPAD, émet des propositions.
• Tout acte pharmaceutique est de la responsabilité d’un pharmacien : le pharmacien référent – fonction différente et donc cumulable à la fourniture des traitements ; il doit être rémunéré pour cette mission.
• Le pharmacien référent doit être qualifié pour la gériatrie. Il suit une formation continue adaptée et validée.
• Le pharmacien référent doit garantir une maîtrise des dépenses pharmaceutiques.
• Il intervient en étroite collaboration avec le médecin coordinateur et l’équipe soignante. À ce titre, il participe aux choix thérapeutiques pour la liste des médicaments de l’établissement et donc aux référencements des médicaments (et dispositifs médicaux) et à l’élaboration des protocoles de soins.
• Il participe à toute action pour lutter contre l’iatrogénie médicamenteuse, pour l’amélioration de la qualité et de la sécurité du traitement et le bon usage du médicament. Il participe à la pharmacovigilance et à la matériovigilance.
• Il gère le dossier pharmaceutique de chaque résident et utilisera à terme le dossier médical personnel (DMP).
• Il valide les ordonnances de tous les prescripteurs ; les interactions médicamenteuses repérées sont systématiquement signalées. Il informe le médecin coordinateur des prescriptions non conformes aux protocoles locaux ou aux recommandations des autorités de santé, notamment la prescription des psychotropes aux personnes âgées.
• Il s’assure d’un approvisionnement régulier des produits pharmaceutiques.
• Il s’assure de la traçabilité des médicaments (étiquetage) et de leur correcte délivrance (conditionnement adapté et identifiable).